Bienvenue à Marwen (2019)


Hom(m)e

Lui, c'est les talons. Compensés de préférence. Pour marcher à la maison. Et aussi dans Marwen. Entre le bar où il retrouve ses pépées, armées jusqu'au bout des aiguilles de leur talons. L'église où les nazis lui tendront une embuscade pour le torturer, le faire hurler, saigner. La petite place où la petite laitière périra, en le remerciant pour sa bravoure, inondée de larmes et de lait. Dans ce tout petit village de Belgique, niché au cœur de la grande Amérique, il se passe des choses vraiment bizarres. A la maison aussi. Entre le canapé et l'évier, il y a les gélules bleues. Une par jour. Pour amadouer le mal. L'endormir un peu. Longue cicatrice sur la joue droite de son visage d'enfant perdu. Il joue. Profondément. Intensément. Totalement. Il joue sa deuxième vie, son plus grand rôle. Hogan, le bel officier de l'armée de l'air qui dézingue du nazi et porte de magnifiques chaussures à talon vernies. C'est tout ce qu'ils exècrent. Un homme en pieds de femmes. Un traître. Ils veulent sa peau dans leur grosse masculinité, bête comme leurs pieds. Ses pieds à lui sont élégants, s'avancent avec souplesse, en accord avec le cosmos. Pointure 43. Et alors ? Quoi ?

Nicol(e)

Il lui demande une rousse glamour et elle la lui donne car elle l'aime. Nicol(e) est née. Son corps gracile en plastique entièrement articulé est revêtu d'une petite robe blanche à fleurs jaunes. Son sourire mutin est une merveille. Il la regarde avec l'amour d'un homme depuis longtemps conquis. Pour sceller cette union, il passe à son pied menu une chaussure noire au talon aiguille si pointu. Désormais, elle est à lui. Et il est à elle. Cette quintessence l'habite. Elle vit en lui, verticale et remplit son placard : 283 paires. Pointure 43. Et alors ? Quoi ? C'est un obsessionnel, un esthète compulsif, un professionnel. Deja Thoris, la sorcière noire au gant bleu le connaît bien et ne le quitte pas d'une semelle. Elle habite dans un coin de la maison et surgit soudain hors de son habitacle, comme un coucou hors de son horloge. Elle s'envole vers lui les bras grands ouverts, madone bleue implorant son amant. Elle veut partir avec lui, quitter le temps avec lui.  Car Deja Thoris est jalouse : Anna, Julia, Roberta, Suzette, Caralala, Nicol(e) jalouse de l'armée des pépées, jalouse de celles qui vont sauver Hogie, sauver le monde des nazis. 

Fol(le)

Lui, les talons, ça le rend heureux et fort. Pourquoi en rougir ? Pourquoi ne pas le dire ? #MeTooTalons. Un pédé qui aime habiller les poupées et déshabiller les femmes. C'est tout ce qu'ils exècrent. Une erreur de la nature. Une insulte à l'homme, au mec, à ses couilles. Merde. Casser du pédé qui n'est pas vraiment pédé mais qu'est-ce-que c'est donc ?! Ce travelo par les pieds qui se déclare fol(le) au beau milieu du rade, entre les pintes suintantes, la crasse du tabac en fumée, l'âcre des sueurs mêlées et lui qui se dresse en souriant, saoul, provoquant à lui seul des millénaires de dressage. Kamikaze. Ils sont cinq et ils cognent une âme et un corps pleins avec le creux de leurs crânes dans leurs poings. Le néant de la haine cogne le trop plein d'amour. La laideur enracinée cogne la liberté. C'est un massacre d'où naît une terreur éternellement bleue. Puis c'est le black out. Ils ont volé l'histoire de sa vie mais pas la force de ses rêves.  Envers et contre tout, l'amour du beau lui demeure. Et entre deux douleurs, entre deux gélules, il joue, intensément, profondément, totalement. Bienvenue à Marwenco(o)l !

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