Mon nom est "Personne" (1973)
Œil bleu, mot rare, gâchette rapide. Il est le dernier espoir de justice dans l'ouest. Le mec est sec et âpre et propre. Il est en place. Il ne doute de rien. C'est un expert. C'est un homme. Il vit dans un pays plein de mecs, des vrais mecs, des purs mecs, des durs de dur qui dégainent pour un oui pour un non, pour un cheval pour un butin, pour tout pour rien. Des brutes de la gâchette, du meurtre au kilomètre, de la vendetta sans début ni fin, où l'on avance et où l'on tombe en circuit fermé, entre hommes, avec parfois une tête blonde à peine émue de tous ces carnages et une "mamita" invisible, tout juste bonne à cuisiner pour remplir la gamelle, la cantine, l'estomac sur pattes du mâle affamé avant le prochain duel, le prochain face à face. Car l'homme n'est jamais rassasié.
TIC TAC TIC TAC TIC TAC TIC TAC TIC TAC TIC TAC
Compte à rebours, bombe à retardement, bateau. Jack veut partir, prendre sa retraite, larguer les amarres. Le flingue sur l'entrejambe du faux barbier, Beauregard, serein, se fait raser de près, tandis qu'à l'extérieur, en embuscade, l'ennemi complice caresse amoureusement son porte-flingue et le fessier sensuel et monumental d'un cheval…
SI PERSONNE EST CELUI QUI PEUT TE TUER ALORS JE SUIS CETTE PERSONNE
Yeux bleus, mots bavards, gâchette magique. Trempé de l'eau de la rivière, Personne vient de pêcher une carpe à mains nues. La peau de son torse lisse et imberbe luit comme celle du poisson qui se tortille et comme un enfant, il caracole et rit de son exploit. Sur la berge, Beauregard immobile sur son cheval est là qui l'observe, le jauge. Personne est jeune, personne est beau, personne est vivant. Il est l'avenir. Personne regarde Jack à son tour. Il regarde la gloire passée. Chacun admire l'autre. C'est l'histoire d'un amour qui ne dit pas son nom mais qui suinte par tous les pores de la peau : "homo". Un amour pour le même pour le père qu'il faut tuer pour exister. Il n'y a
pas que la vitesse pour atteindre l'autre, il y a aussi l'adresse, le culot.
C'est une histoire de transmission impossible qu'on arrache au talent,
une place qui ne se libérera pas, qu'on s'approprie par la force, dans le sang et la démesure. Tu quoque mi fili ! La balle comme une gaine brûlante remplace la lame mais la scène est la même. Le mal est inscrit dans le mâle, génération après génération, il s'engendre, incestueux. Sinon, il n'y aurait pas d'histoire, pas de drame d'amour, pas de puissance, pas de règne, pas de légende.
150 FILS DE PUTES !
Quand ils se mettent à charger on dirait qu'ils sont 1000. Ces 150 fils de putes c'est 300 paires de bras furieux et de poings prêts à en découdre, à dézinguer, à détruire, c'est 600 paires de flingues en flammes qui défigurent le ciel, c'est 10 000 paires de pattes hallucinées, aux muscles luisant sous le poil ras, lancées au grand galop et qui secouent le sol et font trembler la terre sur des kilomètres. Chevauchée fantastique, horde sauvage, paroxysme. Ils ne s'arrêtent jamais, ils sont comme un corps épileptique qui court et court encore après la mort, dans la poussière éternelle d'une route sans fin.
FINIR EST PARFOIS PLUS COMPLIQUE QUE COMMENCER…
Pourtant je vais essayer de dérider la gravité ampoulée qui s'est jusqu'ici installée. Car dans le saloon, il y a quelques sympathiques enfants de salauds qui tour à tour, suceront les pissenlits par la racine et méritent le détour. Heureusement, Personne et sa facétie sont l'homme de la situation pour leur donner quelques notions de savoir vivre. Et la dérision étant la marque des véritables génies, Personne surpasse Beauregard et de beaucoup, comme Ennio Morricone surpasse Dan Savio ou Léo Nichols*. Vous voyez où je veux en venir. Dans la catégorie concours de bites, Personne excelle et s'envoie pinte sur pinte en feignant l'ivresse, sous l'œil con des spectateurs finalement conquis. Ça c'est un homme, un vrai, qui boit qui rote et qui tire plus vite que son ombre ! Le saloon est un théâtre burlesque dans lequel il évolue en impitoyable maître de ballet : sa majesté "Personne" le dernier espoir de justice dans l'ouest vous salue et sur les pointes !
* cherche et trouve la réf. 😉

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