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Mon nom est "Personne" (1973)

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JACK BEAUREGARD Œil bleu, mot rare, gâchette rapide. Il est le dernier espoir de justice dans l'ouest. Le mec est sec et âpre et propre. Il est en place. Il ne doute de rien. C'est un expert. C'est un homme. Il vit dans un pays plein de mecs, des vrais mecs, des purs mecs, des durs de dur qui dégainent pour un oui pour un non, pour un cheval pour un butin, pour tout pour rien. Des brutes de la gâchette, du meurtre au kilomètre, de la vendetta sans début ni fin, où l'on avance et où l'on tombe en circuit fermé, entre hommes, avec parfois une tête blonde à peine émue de tous ces carnages et une "mamita" invisible, tout juste bonne à cuisiner pour remplir la gamelle, la cantine, l'estomac sur pattes du mâle affamé avant le prochain duel, le prochain face à face. Car l'homme n'est jamais rassasié.  TIC TAC TIC TAC TIC TAC TIC TAC TIC TAC TIC TAC Compte à rebours, bombe à retardement, bateau. Jack veut partir, prendre sa retraite, larguer les amarre...

Bagdad café (1987)

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  Auberalb von Rosenheim L'histoire démarre par une rupture. Ils s'agitent en tous sens, se disputent, comme désarticulés, hors d'haleine. Ils sont grotesques. Lui, hydraté par la bière au litre, stockée à l'arrière de la voiture. Elle, lasse de ramasser ses canettes, sa mauvaise humeur, sa merde. Mais qu'est-ce qu'ils allaient foutre à Vegas, accoutrés comme des ploucs de Bavière ?! Elle est embourbée jusqu'à la gorge. Une tonne de boue. Elle ne peut plus respirer. Elle regarde au loin, digne. Profil ciselé. Son regard d'ange bleu voit clair maintenant. Ses yeux ont fait la mise au point qui envoie le signal au corps : lève-toi femme et marche vers ton destin ! Tandis que l'autre peigne-cul au crâne chauve fourrage sa colère dans la poussière des roues furieuses de la bagnole devenue folle, ELLE, file à l'opposé de la route 66, traînant sa valise estampillée de ses initiales dorées : JM. JM brille. Elle est la bonne étoile de sa propre vie et av...

Bienvenue à Marwen (2019)

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Hom(m)e Lui, c'est les talons. Compensés de préférence. Pour marcher à la maison. Et aussi dans Marwen. Entre le bar où il retrouve ses pépées, armées jusqu'au bout des aiguilles de leur talons. L'église où les nazis lui tendront une embuscade pour le torturer, le faire hurler, saigner. La petite place où la petite laitière périra, en le remerciant pour sa bravoure, inondée de larmes et de lait. Dans ce tout petit village de Belgique, niché au cœur de la grande Amérique, il se passe des choses vraiment bizarres. A la maison aussi. Entre le canapé et l'évier, il y a les gélules bleues. Une par jour. Pour amadouer le mal. L'endormir un peu. Longue cicatrice sur la joue droite de son visage d'enfant perdu. Il joue. Profondément. Intensément. Totalement. Il joue sa deuxième vie, son plus grand rôle. Hogan, le bel officier de l'armée de l'air qui dézingue du nazi et porte de magnifiques chaussures à talon vernies. C'est tout ce qu'ils exècrent. Un hom...

Obsession (1976)

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  Panneau gauche Elle. Dans un fauteuil roulant, calée à gauche, presque catatonique. Son visage est ailleurs et ses cheveux collent à son front, comme englués dans une mauvaise fièvre. Du trou noir de ses manches pendent ses doigts jeunes fins, abandonnés sur ses genoux morts, reliés à des bras invisibles par des bandes blanches très blanches qui enserrent ses poignets jeunes fins. Les bandes blanches immaculent ses attaches meurtries. Dessous est la plaie. Elle roule droit devant, poussée par deux ombres dans un couloir d'aéroport dans la blancheur glauque des néons. Lui. Hagard. Depuis quand a-t-il cessé de dormir ? Ses yeux, deux billes bleues cernées de sang ne regardent plus, regardent si loin, au-delà du possible, par delà l'impossible, le plus qu'humain, l'inhumain, ni le mal ni le bien. Il a oublié jusqu'à son nom et accourt, mallette de dollars dans une main, pistolet dans l'autre vers le malheur qui les unit. Ils s'aiment. Ils sont désintégrés. Pa...

PATERSON (2016)

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1ère partie   Paterson, New Jersey, America. Tu conduis un bus. Le bus glisse dans les ruelles tranquilles de Paterson. A l'intérieur, les conversations des voyageurs coulent dans ton oreille calme et avide. A l'extérieur, le mouvement gracile des corps oscille dans la lumière paisible. Tout bouge, tout se transporte, se déplace avec douceur. Les mots qui sortent des bouches, les mots qui mûrissent sur ta langue, se mêlent. A la maison, une femme t'attend. Elle peint des cercles noirs sur des rideaux blancs, des rayures blanches sur des tapis noirs. Elle ceint son front d'un diadème de tulle ou brillent des perles d'argent. C'est une enfant. A cette femme-enfant tu adresses des poèmes dans ton carnet secret. Un carnet Dickinson. Mais un chien jaloux le dévorera, en fera des confettis. Tes poèmes sont des confettis et ton cœur déchiqueté, toujours en place, flambe. Tête d'allumette. 2ème partie Twins. Jumeaux. Des paires identiques apparaissent au fil du traj...