PATERSON (2016)
1ère partie
Paterson, New Jersey, America. Tu conduis un bus. Le bus glisse dans les ruelles tranquilles de Paterson. A l'intérieur, les conversations des voyageurs coulent dans ton oreille calme et avide. A l'extérieur, le mouvement gracile des corps oscille dans la lumière paisible. Tout bouge, tout se transporte, se déplace avec douceur. Les mots qui sortent des bouches, les mots qui mûrissent sur ta langue, se mêlent. A la maison, une femme t'attend. Elle peint des cercles noirs sur des rideaux blancs, des rayures blanches sur des tapis noirs. Elle ceint son front d'un diadème de tulle ou brillent des perles d'argent. C'est une enfant. A cette femme-enfant tu adresses des poèmes dans ton carnet secret. Un carnet Dickinson. Mais un chien jaloux le dévorera, en fera des confettis. Tes poèmes sont des confettis et ton cœur déchiqueté, toujours en place, flambe. Tête d'allumette.
2ème partie
Twins. Jumeaux. Des paires identiques apparaissent au fil du trajet en dos d'âne. Elle en a rêvé, c'est sa prophétie. Les jumeaux se répliquent alors un peu partout. Assis côte à côte, sur un banc, bedaine en avant. Ou sur la banquette du bus, boucles brunes et robes bleutées : 2 paires d'yeux qui absorbent le monde d'une seule brassée, affamés. Des jumeaux parfaits, identiques, vrais, explosent en signes répétés avec une insistance paisible presque pénible. Cheveux gris marchent synchrones, se décalquent et se fondent, se déforment, muent d'un corps l'autre, d'un jumeau l'autre. Hey twins, miroirs sans reflets, êtes-vous réellement des âmes sœurs ? Quand vos corps se joignent au creux de la nuit, êtes-vous une seule âme, une seule sœur ? Quel monde parallèle fabriquez-vous qui, au matin, transpercera la dimension de Paterson, allumera de sa torpeur magique son œil voyant ?
3ème partie
Et puis il y a l'autre enfant, la fillette, celle qui écrit. Son visage lumière est un poème, sa présence un phare dans l'obscur entrelac des chemins de vie. Les mots qu'elle te lit flottent sur sa voix rivière comme les pétales d'une rose mûre à point, presque évanouie. Ils cheminent vers ton cœur dont l'entrée s'agrandit soudain assoiffé, énamouré. Les cheveux, longs, de l'enfant, tombent en cascade de lignes d'or pur et son sourire, la perfection de son front, sont ceux de celle qui du malheur ne sait rien, qui de la puissance de l'instant sait tout. A l'instinct, tu bois et tu rebois l'enfant, la merveille. Pas de contradiction, pas de doute, aucune blessure ne vient ternir cette assurance juvénile, ce don de naissance. Peut-être, à peine, au détour d'un vers, le soupçon d'une craquelure dans la perfection de son tableau. Toi tu doutes. Toi tu n'es plus un enfant. Mais tu es aussi, un poète. A Paterson, New Jersey, America. AHAH.
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