Obsession (1976)

 

Panneau gauche

Elle. Dans un fauteuil roulant, calée à gauche, presque catatonique. Son visage est ailleurs et ses cheveux collent à son front, comme englués dans une mauvaise fièvre. Du trou noir de ses manches pendent ses doigts jeunes fins, abandonnés sur ses genoux morts, reliés à des bras invisibles par des bandes blanches très blanches qui enserrent ses poignets jeunes fins. Les bandes blanches immaculent ses attaches meurtries. Dessous est la plaie. Elle roule droit devant, poussée par deux ombres dans un couloir d'aéroport dans la blancheur glauque des néons.
Lui. Hagard. Depuis quand a-t-il cessé de dormir ? Ses yeux, deux billes bleues cernées de sang ne regardent plus, regardent si loin, au-delà du possible, par delà l'impossible, le plus qu'humain, l'inhumain, ni le mal ni le bien. Il a oublié jusqu'à son nom et accourt, mallette de dollars dans une main, pistolet dans l'autre vers le malheur qui les unit. Ils s'aiment. Ils sont désintégrés.

Panneau central

C'était écrit, inscrit dans les corps, dans la musique. Trois corps dansants. Le père, la mère, la fille et un public pour assister le drame. Ils savent que c'est leur dernière valse, que leurs corps vont se séparer, que déjà la mère s'éloigne pour laisser la place à sa fille. Plus tard je me marierai avec. Plus tard, j'aurai une robe couleur du temps. Bientôt l'obsession du père pour la mère glissera vers la fille. Mais n'est-ce pas plutôt elle, la mère, qui est obsédée par lui, le père ? Lui. Si désirable dans ses absences, ses succès, ses verres de whisky... Il est des destins qui ne peuvent s'infléchir. Ils sont riches. Ils sont jeunes. Ils sont américains. La mort est là dans un complet blanc qui trinque en souriant à ces pantins dociles, ingénus, sauf peut-être la femme, la mère, dont la présence vaporeuse, quasi muette, annonce la disparition. Puis c'est l'enlèvement, brutal, la demande de rançon. Il faut remplir la mallette de papiers verts, vite. Mais la mort en complet blanc change de costume, conseille et modifie le plan. Le mal s'installe.

Panneau droit

L'Italie fût le berceau de leur passion. C'est là que vingt ans plus tard, il la retrouvera dans un halo, halluciné. Elle. L'impossible, la deuxième chance, l'amour ressuscité. Le double parfait. Ce n'est pas elle et c'est elle. Elle. Il devient fou, il devient loup, il la piste, l’œil amoureux, indécent. Elle, sait. Elle, joue. C'est le double, le double jeu, le jeu de la copie. Mais elle tombe dans le miroir et bientôt, jeu ne sait plus qui est qui. Lui, sourd aux signes, à l'anormale ressemblance, cède de nouveau à l'obsession, son remède et son poison. Il la veut comme il voulait l'autre, l'épouse docile et cultivée, autrefois enlevée puis assassinée mais par qui ? Et sa fille ? Elles, contre des papiers verts. La mallette bourrée de billets, l'ami au complet blanc est du voyage. Peuvent-ils réparer ? Quoi ? Est-ce un rêve ? Un cauchemar ? Tout recommence, l'enlèvement, la rançon, la course, courir après elle, courir après l'amour, courir après la mort... en complet blanc.

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